Équilibre et résonance poétique
L’œuvre Equilibrium zéLé, réalisée sur le prestigieux papier du moulin de Brousse, s’inscrit dans une exploration profonde et philosophique de l’équilibre.
Le titre lui-même, tiré du latin aequus (égal) et libra (balance), évoque immédiatement une quête d’harmonie entre des forces apparemment opposées : liberté et équilibre, individualisme et collectivisme, tradition et modernité.
Cette toile propose une réflexion sur les tensions inhérentes à notre société contemporaine. L’artiste interroge la coexistence parfois difficile entre l’art brut et l’art visionnaire, entre les racines traditionnelles et les aspirations modernes, entre la monoculture et le multiculturalisme. Comment, dans ce contexte, maîtriser un espace-temps sensible reliant notre essence à la nature, aux résonances morphiques et au sacré, tout en dépassant l’obsolescence programmée nourrie par un individualisme exacerbé et une science strictement matérialiste ?
Notre société semble en effet dévorer toute possibilité de coexistence par un processus presque autophagique et narcissique. L’illusion d’un individualisme triomphant dissimule une réalité bien plus fragile : une quête d’être qui, finalement, risque de se dissoudre dans l’insignifiance.
Face à l’impatience croissante et à la superficialité du temps présent — parfois perçues comme une petite révolution bourgeoise par une jeunesse désabusée — où se trouve encore la place du sacré ?
La restauration des ailes du moulin de Félines-Minervois apparaît comme la métaphore de cette harmonie recherchée. Un acte qui, par son romantisme et sa résistance au temps, oppose une vision poétique — presque désuète — à la course effrénée vers l’efficacité et le gain de temps.
Mon œuvre se veut une offrande à ce désir d’harmonie. Elle symbolise la possibilité tangible de retrouver un équilibre dans notre environnement immédiat. Ce regard poétique redonne à l’action humaine une dimension véritablement révolutionnaire : celle d’un « être philosophique » complet et authentique.
Le moulin de Félines, avec ses ailes retrouvées, chante l’harmonie des vents. Il pose la question essentielle de notre double appartenance à deux espaces-temps distincts sans perdre notre identité. Comment naviguer entre ces mondes sans sombrer dans l’indécision ni dans la rupture ?
La voie symbolique semble offrir une réponse : une latéralisation de la pensée qui valorise à la fois l’art et la création, mais aussi l’analyse et l’abstraction.
Cette approche invite à appliquer des stratégies à la fois pratiques, visuelles, voire multisensorielles, sans sacrifier une vision globale. Peut-on alors se libérer du réel pour entrer pleinement dans la métaphore ?
Les poètes, gardiens d’une abscisse sacrée, nous rappellent de ne pas laisser le sacré nous échapper. Tandis que le moulin de Félines retrouve ses ailes, l’idée d’une continuité artistique se dessine. Un optimisme poétique émerge, esquissant non pas une opposition, mais un grand écart fécond entre deux mondes complémentaires.
Equilibrium zéLé est ainsi une invitation à redécouvrir l’équilibre à mesure que nos certitudes se dissolvent, ouvrant un vaste champ des possibles.
M.
Toile sur papier du moulin de Brousse-et-Villaret
38,7 × 19,3 cm
Encre de Chine, crayon mine noire, pastel et feuille d’or
Poésie d’Anouk Journo
Un pont naturel de marbre rose
Pour nos amies coccinelles.
Au loin, le moulin en pause,
Aux ailes éternelles.
Dans la garrigue craquante,
Ça s’écoute, ça se sent.
Les yeux sous l’or des figues,
Le nez au sein des ombrelles.
La sarriette, le thym et la pluie
Dessinent le lointain.
